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  Association des bibliothèques du Sicoval

Le Lecteur du Val - 10 bd des Genêts - 31320 CASTANET-TOLOSAN - Tél. 05.61.00.51.16
Nouvelles à lire : concours 2008

"La lettre qui se trouvait dans ce livre de la Bibliothèque Rose n'était pas destinée à être lue par un enfant..."

Le sens du vent

La lettre qui se trouvait dans ce livre de la Bibliothèque Rose n'était pas destinée à être lue par un enfant. Quand Arthur l’ouvrit, il ne comprit d’ailleurs pas immédiatement de quoi il s’agissait. Il pensa d’abord, en la survolant, à une lettre d’amour. Une lettre secrète, cachée dans un livre rose, ce ne pouvait être qu’une lettre d’amour. Elle finissait d’ailleurs par un « Je vous aime » qui semblait s’adresser à quelqu'un d’éloigné.

Agnès surprit Arthur avec la lettre en entrant dans la chambre pour le mettre au lit. Il eut le réflexe de la cacher, et elle s’amusa à le taquiner pour savoir ce qu’il dissimulait. « Une lettre d’amour » répondit-il. Agnès crut qu’il l’avait écrite lui-même et fut immédiatement attendrie. Elle l’avait toujours trouvé rêveur et voyait en son neveu un jeune romantique, éternel amoureux. « Tu aurais pu choisir un papier plus joli ! remarqua-t-elle en apercevant le coin corné du papier jauni qui dépassait de son dos. - Je ne l’ai pas écrite, rétorqua Arthur. Je viens de la trouver.

Agnès sembla surprise. Aucun homme, hormis son frère n’était entré dans sa maison depuis la mort de son mari, six ans plus tôt. Qui aurait pu laisser traîner une lettre d’amour chez elle ?

Une femme ? pensa-t-elle alors. Mais qui donc ? Elle insista à nouveau pour prendre la lettre des mains de son neveu. Elle brûlait de curiosité et l’enfant s’amusait de sa supériorité dans ce petit jeu improvisé. Il se leva et courut dans la chambre pour lui échapper. Voyant qu’elle le rattraperait, il refusa de perdre et préféra jeter la lettre par la fenêtre ouverte.

Un homme qui passait là vit tomber la lettre et la ramassa. Curieux de voir une lettre tomber du ciel, il la déplia et la lut.

oOo

Mais la lettre qui venait de tomber n’était pas destinée à être lue par un passant. L’homme survola les phrases, écrites de façon soignée, à l’encre noire. L’étonnement l’empêcha de cerner rapidement le contenu de la lettre. Il s’arrêtait sur certaines phrases, butait sur des mots. Il avait imaginé, en voyant la feuille tomber par la fenêtre, que ce pouvait être un bulletin scolaire qu’un enfant craintif aurait tenté de faire disparaître. Face à cette écriture d’adulte, appliquée et sérieuse, sur cette feuille vieillie, il fut déconcerté.

Il vit pourtant finalement en ces phrases une lettre de rupture. Les mots « Je vous quitte » lui sautèrent au visage. Le style était lourd et grave, sérieux et austère, mais en même temps déterminé et indifférent.

Il imagina une femme, déçue et meurtrie, anéantie par la lecture de cette lettre de rupture, reçue tardivement de son amant bien-aimé, jetant, de rage, la lettre par la fenêtre. Il ne relut pas la lettre, il ne la lut même pas en entier en réalité, retenu par une sorte de pudeur et de respect pour cette femme imaginaire qu’il plaignait déjà. Il ralentit le pas malgré lui, envahi par une compassion subite. Il voyait en chaque homme croisant son passage sur ce boulevard l’amant à l’origine de l’accablement de cette femme. Il entendait le résonnement du « vous » de « je vous quitte » comme une grimace sifflante de mépris. « Je vous quitte pour d’autres cieux », disaient-il, « je vous quitte pour d’autres femmes », et il méprisait ces hommes qui marchaient, là, sur ce même boulevard, et qui étaient les bourreaux potentiels de cette femme fragile.

Il serra le poing de colère, mais sentant la feuille se froisser sous ses doigts, il les desserra brusquement. Une bourrasque de vent emporta la feuille à ce même instant, loin de lui en un éclair, et haut dans le ciel l’instant d’après. Il fit d’abord un mouvement dans sa direction puis abandonna cette lettre de souffrance aux rafales et à l’agitation qu’elle méritait.

oOo

Agnès hésita d’abord. Elle se retint de gifler Arthur, car cette impertinence l’avait choquée. Sa curiosité avait été brusquement éteinte par un léger vent de colère à l’égard de ce gamin qui refusait de perdre à un jeu qui ne méritait même pas ce nom. Mais plus que de la curiosité, c'était la soif de connaître le contenu de la lettre qui l’animait soudain. Le souvenir de son époux lui revenait brusquement et l’éventualité que cette lettre soit une ancienne déclaration d’amour, écrite avant son assassinat, lui donnait des bouffées d’espoir. Un signe, un souvenir concret, comme venant de l’au-delà. Une preuve d’amour !

La pièce se brouilla, elle sentit ses poumons se serrer dans sa cage thoracique comme si trop d’air s’y engouffrait en même temps. Le bleu de la chambre et le gris de se souvenirs se mêlaient pour former une chose tiède au creux de son ventre. Elle en voulait à Arthur, et se précipita vers la fenêtre. Elle eut le temps d’apercevoir la lettre qui tombait dans les mains d’un grand homme brun, efflanqué, qui portait une fine moustache démodée. Elle fit quelques pas rapides vers la porte pour courir dans la rue lui réclamer la lettre, mais elle ne pouvait laisser le fils de son frère seul dans la chambre, dans cette maison inconnue, à son âge, même s’il était encore tôt dans la soirée et que le soleil de juillet arrosait encore la ville de ses derniers éclats. Elle saisit l’enfant par la main et l’entraîna dans la rue, en pyjama, lui laissant à peine le temps d’attraper des pantoufles.

Elle rattrapa l’homme à la moustache et le supplia de lui rendre sa lettre.

Mais la lettre s’était envolée et s’échouait au même moment sur une table de café, à l’angle du boulevard et d’une ruelle pittoresque appréciée des gens de passage. A cette table justement, se restaurait un couple de touristes américains. L’homme écarta nerveusement le papier, pensant à une feuille morte échappée d’un arbre, mais la femme s’intrigua et ramassa la lettre tombée sur le sol.

oOo

Mais la lettre que l’homme venait de prendre pour une feuille morte n’était pas destinée à être lue par une touriste américaine. C'était une lettre officielle et solennelle, dont les courbes des « f » et les boucles des « l » indiquaient qu’elle avait été écrite avec soin. La dame ne parlait pas le français, mais en voyant la série de petits tirets au centre de la lettre, elle imagina une liste de courses ou de recommandations. Elle imagina un homme appliqué, assis à la table de sa cuisine, rédigeant des consignes pour une nourrice inexpérimentée venant garder ses enfants pour la première fois.

Elle eut une pensée tendre pour cet homme qui mettait tant d’application à rédiger ces instructions, dans le souci de garantir à ses enfants l’éducation la plus droite et la plus constante. Cela correspondait agréablement à l’idée qu’elle se faisait du bon père de famille français, et elle savoura l’image qui lui venait à l’esprit. Son mari la surprit à rêver sur cette lettre dont elle ne comprenait pas un mot et plaisanta sur les femmes et le romantisme. Il évoqua au passage son projet de commander au serveur un nouveau verre de vin, mais sa femme refusa net, froissée d’avoir été sortie de sa rêverie par le cynisme de son époux et rebutée par les prix exorbitants pratiqués par les cafés français.

Elle le laissa donc payer avec ces pièces d’euros auxquelles elle ne comprenait rien et ils se levèrent pour partir. Elle hésita un instant avant de laisser le message sur la table du bar, retenu du souffle du vent par les pièces de monnaie éparses.

Le serveur vint encaisser la commande, quelques instants après leur départ, déplorant l’absence de pourboire, et ramassa la lettre laissée par l’Américaine avec la note de la consommation. Intrigué par ces touristes, il la déplia pour découvrir le type de prose que ces gens là cultivaient.

oOo

Agnès espérait retrouver une lettre tendre, lui rappelant les bons moments passés avec son défunt mari. Les courtes années vécues à ses côtés avaient été agitées par la maladie, qu’elle l’avait aidé à surmonter. L’enfer des hospitalisations et des conséquences des traitements avaient pris fin, et seules quelques visites de routine lui avaient rappelé cette sombre période. Leur couple s’était scellé dans ces heures noires, tandis que chacun d’eux s’épuisait de son côté. Ils avaient décidé, peu avant sa mort, d’avoir un enfant, et de tourner définitivement la page.

Elle ne savait pas par où la lettre s’était envolée. Elle marchait en tous sens dans les rues, traînant Arthur par le bras, le faisant trébucher parfois. « Qu’y avait-il dans cette lettre ? demanda-t-elle soudain en se retournant vers lui. - Je sais pas… des « je t’aime », je crois, répondit Arthur. - Tu crois ?! laissa-t-elle échapper.

Elle était de plus en plus furieuse. Après Arthur qui avait jeté le papier par la fenêtre, après l’homme à la moustache qui avait eu le culot de lire sa lettre, après le vent, qui avait soufflé la dernière preuve d’amour qu’elle aurait de la part de son mari.

Elle tira Arthur par la manche et continua à errer dans les rues. Arthur traînait, il était mal à l’aise. Il comprenait qu’il avait fait une bêtise, mais n’en saisissait pas la gravité. Qu’une lettre d’amour volante le conduise à courir les rues de la ville en pyjama lui semblait une réaction disproportionnée de la part de sa tante. Ils bousculèrent un couple de touristes américains qui sortaient d’un café et Arthur tomba en s’écorchant le genou.

Agnès en profita pour s’arrêter quelques instants et réfléchir au chemin à prendre. Occupée à calculer vainement le sens du vent, elle ne remarqua pas le serveur du café voisin, occupé à déplier la lettre.

oOo

Mais la lettre qui avait été laissée sur la table par la touriste américaine n’était pas destinée à être lue par un serveur de café. Le jeune homme y trouva un prétexte pour arrêter un instant son travail et flâner en survolant les lignes. La journée était belle malgré le vent. Il était tôt dans la soirée, et le soleil gratifiait encore de ses derniers rayons horizontaux les indolents attablés.

Il s’attendait à découvrir des mots en anglais, et ne comprit pas instantanément de quoi il s’agissait. Il parcourut du regard les phrases et conclut rapidement à une lettre d’adieu. Elle répétait des « je pars » et le serveur imagina l’Américaine qui quittait la France, laissant à ses proches, rencontrés sur ce sol inconnu pour elle, une lettre d’explication. Il l’imagina triste, il l’imagina déchirée de quitter un pays qui l’avait attiré quelques temps plus tôt, mais qui ne satisfaisait pas ses envies. Il pensa à ce qui pouvait la pousser à rentrer aux Etats-Unis, à ce qui pouvait lui déplaire en France, regardant ses clients détendus, sirotant sur sa terrasse.

Il se demanda pour quelle raison elle avait laissé la lettre sur la table. Un renoncement ? Il se surprit à aimer l’idée qu’elle resterait en France, comme si une fierté nationale irréfléchie lui faisait apprécier a priori la présence d’une quadragénaire américaine avec son mari sur le sol français. Il trouva l’idée bête et se demanda ce qu’il allait faire de la lettre. Il hésita à la jeter, mais repensant à ses bonnes résolutions écologiques du début d’année, décida de traverser la rue pour la déposer dans un conteneur à papiers. En le voyant s’éloigner, le patron du café s’indigna. Il l’observait depuis quelques instants et l’avait vu rêvasser devant une lettre au lieu de débarrasser les tables. Et voilà maintenant qu’il traversait la rue au lieu de prendre les commandes de clients impatients. Il l’appela sèchement, lui arracha la lettre des mains et le renvoya travailler. La table 8 attendait ses jus de fruits.

oOo

Agnès aperçut le serveur qui traversait la rue dans le sens du retour, interpellé par les aboiements de son patron, la lettre à la main. Elle se leva d’un bond et s’approcha du gros barman. L’homme était rougeaud, le teint couperosé, avec de larges bras. Il portait un tablier blanc noué autour de la taille et les boutons de son gilet tiraient au niveau du nombril. Il donnait une chiquenaude derrière l’oreille de son employé, le poussant vers le comptoir, quand Agnès lui réclama la lettre.

Elle était essoufflée d’avoir couru, ses joues avaient rosi et des mèches de cheveux trempées de sueur collaient à ses tempes et à son front. Elle tenait toujours Arthur par la manche, le pyjama déchiré au genou et l’air contrit. Entre deux souffles courts, elle lui dit que la lettre était à elle et qu’elle souhaitait la récupérer.

Le patron du café ne l’entendit pas de cette oreille. Il avait rarement eu l’occasion, ces dernières années, d’avoir à sa merci une femme qui lui réclamait quelque chose, et il avait bien envie de faire durer un peu cette situation qui lui était particulièrement agréable. Il prit un air supérieur et pincé pour lui demander de prouver que cette lettre était bien à elle. Agnès soupira profondément. Elle bafouilla, elle était fatiguée de cette aventure improvisée qui n’avait pas de sens. Elle regarda les clients attablés autour d’elle, il lui sembla que tout chavirait.

Elle insista, partagée entre l’envie d’abandonner cette quête folle, qui lui semblait tout à coup vaine et inutile, et le sentiment que la vérité était à portée de sa main. Mais le barman était décidé à passer le temps en agaçant cette inconnue. « Comment vous appelez-vous ? lui demanda-t-il. Si votre nom apparaît dans cette lettre, j’accepterai de vous la rendre. »

Elle s’impatienta, essaya saisir la lettre, mais il était gros et grand, avec de larges poignets et des mains de boucher. Il leva un peu la lettre au bout de son bras pour la lui rendre inaccessible et s’attela à la lire.

oOo

Mais la lettre tenue à bout de bras par ce gros homme agaçant n’était pas destinée à être lue par un patron de bar. Il survola les premières lignes, à la façon dont il lisait habituellement les commandes griffonnées par ses serveurs sur les calepins de papier gris. Il s’attendait à devoir déchiffrer une écriture précipitée comme celle à laquelle il était habitué, et il fut surpris en voyant ces boucles si bien dessinées, une écriture masculine mais appliquée et fine.

Il crut comprendre que la personne qui écrivait la lettre se décidait à changer de vie. Un changement radical qui bouleverserait sa famille et sa propre existence. Un ras-le-bol de sa petite vie étriquée vers un horizon prometteur. Le patron du bar y voyait peut-être un souhait bien à lui, renfermé dans son cœur, derrière son comptoir, depuis des années, et qui se dessinait sous les traits de palmiers, de plages de sable clair et de soleil humide.

Son mariage hasardeux et précoce avait, depuis plusieurs années déjà, dérivé vers une cohabitation tout juste cordiale, et les revenus variables de son établissement lui faisaient l’effet du flux et du reflux, le laissant nu et trempé sur une plage battue par le vent. L’aigreur accumulée par cette situation inconfortable avait achevé de rendre exécrables ses relations avec les autres humains. L’absence d’enfant était sa seule consolation, encombrement inutile, selon lui, et qu’il avait réussi à refuser à son épouse sans ciller depuis de longues années.

Il imagina l’homme de la lettre, marchant sur une langue de sable quelque part près de Phuket, sans but précis à part celui de flâner, sans interrogation en tête outre celle de la composition du cocktail qu’il commanderait au bar dans un instant. En laissant son esprit vagabonder, il avait desserré l’emprise de ses doigts sur le papier qu’il tenait hors d’atteinte de la jeune femme devant lui, et son bras était doucement descendu à sa portée.

oOo

Agnès arracha la lettre des mains du gros homme. Ses yeux le fusillèrent quand elle croisa son regard. Elle balaya le papier du regard et comprit en un éclair. Cette lettre était destinée à être lue par Agnès, mais elle n’était pas destinée à être lue par une jeune veuve, convaincue de l’injustice de la mort de son mari.

Elle songea soudain que cette lettre pourrait peut-être l’éclairer sur l’identité de l’assassin de son mari. Celui-ci avait été empoisonné par une substance fabriquée dans son laboratoire, mais l’enquête auprès de ses collaborateurs n’avait pas réussi à prouver la culpabilité de l’un d’eux. Elle avait elle-même été inquiétée par la police, mais de toute évidence, l’empoisonneur courait toujours. Elle était toujours amère en pensant que quelqu'un avait pu vouloir du mal à un homme si bon, alors qu’elle ne lui connaissait pas d’ennemis.

Elle reconnut immédiatement l’écriture de son mari, cursive et soignée à la fois, et pour cette lettre précisément, extrêmement soigneuse. Elle était partagée entre une inquiétude vis-à-vis du contenu de la lettre, et l’espoir : au mieux la vérité, au pire, quelques preuves d’amour oubliés.

Mais les mots qui lui sautèrent au visage étaient ceux de mort et d’enfant. Elle lâcha brusquement la main d’Arthur qu’elle avait tenue serrée dans la sienne pendant que le patron du bar lisait, et elle s’effondra. Le gros homme, qu’une pointe de culpabilité chatouillait en voyant le visage d’Agnès se décomposer, la rattrapa avant qu’elle ne s’affale sur le sol.

La lettre qu’elle tenait dans la main s’échappa d’entre ses doigts et glissa sous une table du café. Le serveur courut chercher un verre d’eau dès qu’il la vit vaciller. Arthur, déconcerté, ramassa la lettre pendant que le barman tapotait le visage de sa tante.

La lettre qui s’était trouvée dans le livre de la Bibliothèque Rose et venait d’être ramassée sous une table de bar n’était pas destinée à être lue par un enfant. Mais Arthur se concentra cette fois-ci pour en saisir le sens profond et il prononça :

« Si mon amour est sincère, c'est néanmoins aujourd'hui que je vous quitte. Et si votre amour est vrai, vous finirez par me comprendre. Je m’adresse non seulement à ma femme, mais à toute ma famille, mes amis, ceux que j’ai croisés dans ma vie et que je ne reverrai plus.

Ma décision est réfléchie, je ne pars pas par lâcheté, je ne pars pas par ennui, je pars par désespoir, parce que c'est la plus belle fin que je puisse donner au cauchemar de ma vie.
- La maladie avait renoncé mais l’infécondité sera pour moi son ultime morsure
- Agnès, je n’ai pas su te donner d’enfant, et j’espère que tu connaîtras cette joie avec un autre que moi avant de venir me rejoindre
- Ne t’en veux pas, c'est seulement de ma faute
- Prends bien soin de ceux qui restent, ils ont besoin de toi
- Vous ne retrouverez pas de poison sur moi, j’ai élaboré moi-même cette substance pour qu’elle puisse être ingérée plusieurs jours au préalable

A la fin, c'est toujours la mort qui gagne.

Je vous aime"

Texte de Marion Decome, Aix-en-Provence (13), 2008


La vie en rose

La lettre qui se trouvait dans ce livre de la Bibliothèque Rose n’était pas destinée à être lue par un enfant. Pas plus que par un adulte d’ailleurs, puisqu’elle aborde un chapitre douloureux de ma vie intime. C’est pourquoi je ne vous livrerai pas son contenu. Ne m’en veuillez pas, je suis ainsi. Je ne souhaite pas m’épancher sur votre épaule. La vie est constituée pour chacun de nous de petites joies et d’épreuves. Alors, si vous me le permettez, je préfère partager avec vous un peu de mon quotidien et ne pas vous accabler de mes douleurs.

Je suis Marie-Sophie de la Villardière. N’ayez pas d’à priori par rapport à la particule. Habituellement, on me perçoit comme quelqu’un de déjanté, de loufoque, d’extravagant, mais je ne laisse pas indifférent. Jugez par vous-même.

Cette lettre, que j’ai maintenant dans la main, je l’avais insérée entre deux pages de ce conte qui était rangé avec quelques autres dans la bibliothèque rose. Attention, quand je parle de la bibliothèque rose, il ne s’agit aucunement de cette collection qui s’adresse aux enfants. Non, comprenez bibliothèque peinte en rose. Au grand dam de Paul-Henri, mon époux, je n’achète les livres qu’en fonction de la couleur de leur dos. Il m’importe peu de connaître leur contenu, la lecture m’est fastidieuse, ennuyeuse. J’y ai pourtant pris plaisir, étant petite : j’ai rêvé avec les histoires de la célèbre Bibliothèque Rose. Hormis ces souvenirs que je veux sublimer, je me désintéresse totalement de toutes ces romances… La vie est tellement différente ! Et quelle niaiserie de lire aux mômes que les garçons naissent dans les choux et les filles dans les roses ! Vous allez rire, le seul intérêt que présentent les ouvrages à mes yeux consiste à y faire sécher des fleurs. Cette odeur évoque de telles réminiscences ! Ce temps béni de mon enfance où j’étais une petite fille sans souci… Où en étais-je ? Ah ! oui, la bibliothèque. Je ne saurais malgré tout faire abstraction de ce meuble. J’ai décidé que son intégration serait harmonieuse dans le salon de notre demeure bourgeoise de la fin du dix-neuvième siècle. En fait, il se remarque comme le nez au milieu de la figure. Ma couleur de prédilection est le rose. J’ai donc fait laquer en rose les pourtours en chêne massif. Plusieurs couches ont été nécessaires pour en masquer la teinte initialement sombre. Mais j’avoue que le résultat est unique. Cette bibliothèque rose habille de gaieté ce salon vétuste. Imaginez des tentures mordorées aux fenêtres, deux commodes vieillottes, patinées, foncées, un parquet partiellement recouvert de tapis aux couleurs automnales et, dans ce décor austère, ma jolie bibliothèque rose. Paul-Henri me reproche de me complaire dans l’infantilisme. Et si cela dénote un besoin, une nécessité ? Si tel est le remède à une pathologie afin de m’assurer un équilibre, pourquoi me justifierais-je ? C’est en tout cas l’avis de mon psy…

Je veille également à respecter une harmonie de tons dans la disposition des livres. Ainsi, la première étagère comporte un dégradé de coloris chauds, dans les marron, et sur la seconde, j’ai placé une collection terre de sienne qui appartenait à feu mon beau-père. Je me suis un peu lassée de ce type de classement pour la troisième étagère et j ‘ai fini par y mélanger tout ce que je trouvais. Cependant, il m’importait d’y apposer ma touche personnelle, alors j’ai retrouvé mes quelques livres de la fameuse Bibliothèque Rose que j’ai insérés au beau milieu de tous ces ouvrages. Vous comprenez pourquoi ? Le rose des livres rappelle le pourtour du meuble. Et là, vous m’avez surprise en train d’ôter un livre de la Bibliothèque Rose afin d’asseoir sur le côté de l’étagère centrale, une poupée de porcelaine. C’est de ce bouquin qu’a glissé la lettre.

Je suis très fière de cet aménagement qui m’a occupée plusieurs mois, entre la conception du meuble, la recherche des livres et enfin l’installation de la poupée. Paul-Henri n’approuve pas du tout, mais pas du tout, mes talents de décoratrice. Il n’ignore pourtant pas que c’est un exutoire pour moi. Peu m’importent ses états d’âme ! Vous savez, on épouse un jeune aristocrate issu d’une longue lignée, puis, les années passant, surtout depuis trois ans et demi à vrai dire, on découvre que le jeune aristocrate s’est métamorphosé en personnage quelque peu grincheux, batifolant et papillonnant de ci de là. Cependant, il veille à toujours se pavaner devant ses nombreux neveux et nièces. Monsieur ne veut rien perdre de sa superbe. Mon oncle par-ci, mon oncle par-là ! Mon Dieu, qu’il aime être le centre d’intérêt ! Tous ces mômes qui le sollicitent sans cesse, cela m’exaspère ! Non, non, nous n’avons pas d’enfants. Nous sommes d’ailleurs les seuls de la famille de la Villardière à n’avoir pas procréé. Je sais, mes propos vont vous irriter, vous agacer, mais je les assume entièrement. Qui dit rencontre, dit union, puis procréation ? Non, je dis non, ce n’est pas une obligation, mais plutôt une tradition. Ce n’est ni plus ni moins qu’une tradition de faire des enfants ! Et moi, les traditions, je suis contrainte de m’y soumettre dans certaines circonstances familiales, alors quand je peux les éviter…. Il en est une, par exemple, qui perdure de génération en génération dans ma famille : celle de prénommer Rose la première fillette de la reproduction suivante. Ne vous offusquez pas, j’ai délibérément choisi ce terme. Normalement, je devais concourir, mais… Mes propos révèlent une évidente apparentée avec les juments de l’écurie de Paul-Henri. Il ne supporte pas non plus ce genre de parallèle. Mon cher époux manque singulièrement d’humour. Mais je m’égare avec mes bavardages.

Donc, point d’enfant dans notre demeure. En ce qui me concerne, c’est une question, comment dirais-je, d’esthétique. Comprenez morphologiquement parlant : une grossesse déforme le corps, c’est indéniable. Je sais, je vous exaspère. Vous écarquillez les yeux, incrédules, je subodore même une interruption de la lecture ici. N’en faites rien, j’ai seulement besoin d’un interlocuteur. N’est-ce pas vous qui m’avez choisie ? Je m’apprêtais à me justifier en abordant mon capital minceur que je souhaite préserver. J’ai cette chance, alors pourquoi s’extasier devant un ventre rebondi ? C’est tout bonnement de la peau distendue qui, dans la majeure partie des cas, conservera des stigmates : les vergetures ! Ne nous leurrons pas ! Je n’ose même pas aborder l’aspect psychologique. C’est long neuf mois de… gestation ?

C’est précisément le temps qu’il m’a fallu pour donner naissance à ma jolie bibliothèque rose. Ne s’intègre t-elle pas bien ici ? Avouez qu’il fallait oser cette couleur. Je suis fière d’avoir persévéré... Couleur de l’enfance, de mon enfance… couleur synonyme de douceur, couleur bonbonnière, voilage rose sur protection du berceau, Rose comme le prénom.

Elle attire indéniablement le regard comme le nez au milieu de la figure. Où comme une disgrâce sur un visage lisse, une verrue, un bec de lièvre qui toujours rappelle l’anomalie. Ne m’en veuillez pas, la nostalgie s’est emparée de moi. Cette fichue lettre… Je ne puis m’exprimer plus longtemps. La souffrance m’accable. Je m’étais promis de ne pas vous importuner avec mes soucis. Après avoir partagé un pan de ma vie avec vous, je vous dois des explications. Je laisse le soin à l’auteur de vous les donner, un sanglot étrangle ma voix. Ne suis-je pas sa marionnette ?

Depuis la réception de ce courrier, il y a quatre ans, Marie-Sophie dissimule sa souffrance derrière un masque d’extravagances, accentuant ainsi un rien sa propension à la provocation. La lettre vient de glisser de sa main. Elle est signée du Docteur Clisse, gynécologue et l’on peut y lire ces mots, en conclusion d’un paragraphe : stérilité irréversible.

Texte de Pierrette Gobin-Vaillant, Commequiers (85), 2008
 


Un foulard de soie verte

La lettre qui se trouvait dans ce livre de la bibliothèque rose n’était pas destinée à être lue par un enfant.

Hafida voulut glisser le bouquin dans son sac, mais elle songea qu’il était plus prudent de le tenir à la main. Le moindre geste pouvait suffire, lui avait-il dit. Là-bas, elle n’aurait qu’à le ranger parmi les autres. Tout le monde n’y verrait que du feu, si l’on peut dire, surtout à cette heure-là. Personne ne ferait attention à ce livre un peu vieillot, mais encore en très bon état. Sur sa première de couverture, on pouvait voir deux garçons blonds, souriants, sur un fond vert. Un plus âgé en pull à col roulé bleu et un plus jeune en chemise blanche. Elle se souvint de Tarek lisant, et souriant, des années auparavant. Il devait avoir sept ou huit ans, pas plus. Il adorait ce livre. Il dormait avec. Et à l’heure du dîner, elle était obligée de se fâcher pour qu’il ne l’emporte pas à table. La couleur des cheveux mise à part, les deux enfants sur l’image lui rappelaient ses deux fils, à l’époque… Tarek et Abdallah.

Mardi 3 juin 2008, dix-neuf heures quinze : une femme d’une soixantaine d’années, vêtue d’une robe à fleurs et d’un foulard de soie verte, sort du métro et longe la Seine jusqu’à l’entrée du personnel. Grande Bibliothèque Nationale de France, François Mitterrand, entrée Ouest, quai François Mauriac.

Au même moment, les derniers visiteurs sortaient par l’entrée Est.

A dix-neuf heures trente, Hafida commençait son service.

A faire le ménage dans un lieu aussi prestigieux, elle ressentait une fierté certaine, comme si le savoir détenu par ces milliers d’ouvrages avait pu, par une promiscuité quotidienne, imprégner tant soit peu sa propre personne. Elle se sentait riche de cette culture, détentrice de ces connaissances accumulées pendant des siècles. A bien y réfléchir cela donnait le vertige. En réalité, Hafida n’aurait pu déchiffrer la moindre ligne. Elle ne savait pas lire. Dans son enfance, elle avait bien appris quelques rudiments d’arabe auprès de sa grand-mère, mais tout cela, c’était avant qu’elle arrive en France dans les années soixante… De l’histoire ancienne. Elle avait presque tout oublié.

A vingt heures quarante-cinq, Hafida fit une pause. Sa sciatique la relançait depuis quelque temps. Elle alla dans le local du personnel où elle avait laissé ses quelques affaires. Elle prit un cachet dans son sac. Elle allait bientôt arrêter ce boulot. Il n’était pas franchement fatiguant. Non. En tous cas, moins que le précédent dans le Formule un de Clichy-sous-Bois, qui avait achevé de lui ruiner la santé et le moral. Avant de se rendre aux toilettes pour boire un peu d’eau, elle vérifia d’une main tremblante si le livre était toujours là, sous son foulard vert soigneusement plié dans son casier. Lucien, du service de gardiennage, passa dans le couloir. Il la salua. Hafida replaça précipitamment le tissu, ferma le casier et bredouilla un « Bonsoir… » inaudible. Elle sortit du local. Elle transpirait.

A vingt et une heures trente-cinq, elle quitta le bâtiment. Deux heures par jour, six jours par semaine. Cela suffisait à compléter la maigre retraite laissée par son défunt mari. Bientôt, très bientôt, elle arrêterait. En attendant, il lui fallait rejoindre son petit appartement dans le dix-huitième. Il faisait nuit, mais la pâle lune de juin qui se reflétait sur le fleuve apportait une lumière douçâtre. Elle était bien. La brise tiède lui réchauffait le cœur. Les souvenirs affluaient dans son esprit. Le village. La grand-mère. Puis son mariage avec Ali. Pas trop jeune, sa grand-mère s’y était opposée. Ses amies n’avaient pas toutes eu cette chance. Elle, elle était tombée amoureuse. Ali, avec ses grands yeux noirs, lui avait tout de suite paru différent des autres. Trop calme et trop sérieux. Pas comme elle. Elle ne pouvait pas se plaindre, non, elle avait été heureuse. Elle n’avait jamais réussi à le comprendre totalement, mais elle l’avait aimé. Elle se souvenait en souriant des premiers temps de leur mariage. Ils allaient se promener à la campagne, à quelques kilomètres seulement de Paris. Se rappelait-elle encore le trajet ? C’était facile. Ils partaient de la gare de Lyon et descendaient à Saint-Pierre-lès-Nemours. Pourquoi Saint-Pierre ? Elle n’aurait su le dire. Au fil du temps, c’était devenu un rituel. Ils étaient jeunes, alors. Les choses étaient simples. Ils s’asseyaient au bord d’un champ de blé et regardaient les nuages se former sur le bleu du ciel. Le même ciel que dans son enfance. Lorsqu’elle murmurait des secrets à l’oreille des chèvres noires avant de courir pieds nus dans les cailloux. Elle jouait avec le vent. Liberté ! Elle chérissait ces moments-là et conservait tous ces souvenirs en elle comme des bijoux précieux. Elle ne les sortait que très rarement, de peur de les abîmer, seulement pour en ôter la poussière et pour le plaisir de les contempler, un peu. Pourquoi aujourd’hui ? Elle le savait bien…

Ensuite Dieu lui avait donné deux fils.

Un bateau-mouche bondé de Japonais passa sur l’or ridé de la Seine.

Elle éprouva le désir intense de revoir Saint-Pierre-les-Nemours et ses nuages blancs.

A vingt et une heure cinquante-deux, elle arriva à l’entrée du métro. Il était encore temps de faire demi-tour. A la bibliothèque, personne ne l’avait vue. Elle hésita. Non, sa décision était prise. Elle en assumerait les conséquences. Tout avait tellement changé depuis le temps où elle avait quitté son pays pour cette terre d’asile qu’était, que devait être, la France. La réalité l’avait rattrapée maintes et maintes fois. Le licenciement d’Ali. L’expulsion de leur petit F2 avec les garçons encore en couches. L’humiliation des petits boulots pour faire survivre la famille. L’esclavage contemporain. Et puis… le jour où Tarek avait raté son bac et qu’il avait quitté la maison en traitant son père de… Elle voulait oublier ces mots. Personne ne l’avait plus revu. Qu’était-il devenu ? Une voisine racontait qu’une de ses cousines l’aurait croisé, un jour, en Espagne, méconnaissable. Un clochard, elle avait dit. Des commérages. Heureusement, Abdallah, le cadet était resté auprès de ses parents. Un bon fils. Doux et sérieux comme son père. Il avait eu son bac, lui, puis il avait fait de bonnes études. Quoi exactement ? Elle n’aurait su le dire. C’était des sciences, voilà tout ce qu’elle savait. Ensuite il avait voyagé. Trouver du travail en France, pour un arabe, c’était trop dur, disait-il. Il était allé en Angleterre, à Londres, et ailleurs aussi, plus loin. Comme il lui avait manqué ! Mais son fils était revenu. Abdallah était devenu quelqu’un, maintenant. Il avait des amis dans le monde entier. S’il n’était pas encore marié, c’est que son travail lui prenait trop de temps. Pour l’instant du moins. Il n’en parlait jamais.

A vingt-deux heures trois, une rame de métro s’arrêta devant Hafida. Les portes s’ouvrirent. Elle monta. Les portes se refermèrent. Le métro redémarra. Il était définitivement trop tard pour faire demi-tour.

Elle revit le drôle d’air qu’avait eu Abdallah lorsqu’il était venu lui parler. Il n’avait pas voulu tout lui dire. C’était secret. Moins elle en saurait et mieux ce serait. Elle ne devait pas s’inquiéter, tout se passerait bien. Un billet d’avion l’attendait pour une nouvelle vie, avec lui, loin de la France et de la souffrance, avait-il dit. Et puis, il n’y aurait pas de victimes. Il le lui avait promis. Il fallait simplement faire un coup d’éclat. Rappeler qu’on était là. N’en avait-elle pas assez de vivre terrée comme une taupe ? C’était vrai. Elle en avait assez. Qu’attendait-elle ? Depuis la mort de son cher Ali, son avenir était définitivement derrière elle. Elle n’attendait rien. Alors, si elle pouvait aider son fils. Le seul être qui lui restait au monde. Elle, la politique, la religion, quelle différence ? Tout cela, elle s’en fichait pas mal. C’était pour Abdallah qu’elle le ferait… Pas de victimes. Des livres, rien que des livres… A quoi bon tous ces mensonges quand la vérité est contenue dans un seul ouvrage, lui avait-il dit ! Et à trois heures du matin, il n’y aurait plus personne dans les locaux. Que du papier. Elle devait juste laisser le livre à la tranche rose. Ce qu’il contenait était un bijou de précision et de miniaturisation. Il le lui avait montré. C’était un bon fils. Il ne méprisait pas sa mère. Il lui avait tout montré. Il avait délicatement relevé la couverture cartonnée et, sous les deux garçons blonds, elle avait pu découvrir une petite boîte noire décorée d’une lettre d’or. Cette lettre, elle la connaissait. Elle avait appris à la lire dans sa jeunesse. Elle faisait comme un sourire surmonté de deux yeux. Le Ta’ : ت, troisième lettre de l’alphabet. Lettre de l’extase divine et du retour à Dieu, lui avait expliqué Abdhallah. « Ta’ » pour le son « t ». « T » comme « toulet’ » : mardi, comme « tleta » : trois… ? Ou peut-être était-ce l’autre « T », celui à trois points ? Hafida ne savait plus… Il était si loin, le temps où elle déchiffrait sous l’œil bienveillant de sa grand-mère… Mardi 3 mai, trois heures du matin… Trois comme Hafida, Ali et Abdallah … T comme Tarek... Pourtant, Tarek qui lisait et qui souriait était parti, il ne faisait pas partie du trio. Où était la logique dans tout cela ? Qu’aurait pensé ce pauvre Ali ? Qu’aurait fait sa chère grand-mère ?

Perplexe, elle avait observé cette lettre qui la regardait en souriant, dans le livre. Puis Abdallah avait refermé la couverture. Le sourire avait disparu.

A vingt-deux heures cinquante, Hafida n’était toujours pas rentrée. Ni à vingt-trois heures, ni à vingt-trois heures dix…

A trois heures, un lambeau de soie verte s’envole vers des nuages grisonnants.

Le mardi 3 juin 2008, à trois heures du matin, une très violente déflagration provenant d’un champ de blé réveilla les habitants de Saint-Pierre-lès-Nemours, petite bourgade tranquille de Seine et Marne.

Texte de Ludmila Safyane, Villeubanne (69), 2008


La lettre fatidique

Et en prime, grâce à nos amis du mensuel Couleur-Lauragais, un quatrième texte, celui de Jean Faget, Espanès (31), 2008
notre unique lauréat du Sicoval,
à télécharger à partir de cette page.

Bonne lecture !


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